Les détails de l’enquête qui avait mené Barthélémy Dias à Rebeuss

Partagez avec vos amis!!! Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

barth-dias

Dans un document volumineux, la Sûreté urbaine avait exposé les différentes péripéties de l’affaire Barthélémy Dias et Cie. Des constatations matérielles aux enquêtes menées en passant par les auditions des mis en cause et des témoins, tout a été mentionné pour permettre au procureur de la République, maître des poursuites, de cerner les contours de cette affaire. L’enquête avait mené Barth en prison.

Aujourd’hui, 1e novembre 2016, presque 5 ans après les faits, le maire de “Mermoz-Sacré coeur”, fait face au juge de la première chambre correctionnelle du tribunal de grande instance de Dakar. Seneweb revient sur les détails de cette affaire à rebondissements.

Si Barthélémy Dias et son garde du corps Abib Dieng ainsi que les deux nervis Cheikh Makiyou Siby et Seydina Oumar Mangane, avaient été déférés au parquet et placés sous mandat de dépôt à la prison centrale de Rebeuss, c’est parce que la Sûreté urbaine, qui avait effectué l’enquête préliminaire, avait estimé avoir réuni contre eux des «indices graves et concordants» de nature à motiver leur inculpation pour “meurtre, coups et blessures volontaires par arme à feu, attroupement sur la voie publique, violences et voies de fait”.

L’enquête de police indiquait que le 22 décembre 2011, peu avant midi, le commissariat de la police de Dieuppeul a reçu un coup de fil d’Alioune Tall, adjoint au maire, Barthélémy Dias, l’informant que des individus suspects rôdaient aux alentours de la mairie de Mermoz-Sacré Cœur. Le commissaire Mbaye Sèye (paix à son âme) s’est ainsi rendu sur les lieux avec son commandant du corps urbain, Cheynoune Dieng, et son adjoint, Mamadou Moustapha Gassama. Sur place, il a remarqué la présence de deux groupes d’individus, des nervis, debout à côté de quatre véhicules Pick-up de couleur blanche, garés en face et à une centaine de mètres de la mairie.

Face à eux, il y avait le maire Barthélémy Dias avec ses partisans. D’autres jeunes les ont rejoints. Selon les enquêteurs, lorsque le commissaire Sèye s’est approché des nervis et leur a demandé de quitter les lieux, ils ont joint au téléphone quelqu’un surnommé «Ins». Après que leur meneur a raccroché son téléphone, ils ont commencé à bouger. Les partisans de Barthélémy Dias ont commencé à les chambrer. Selon le rapport de police, il y a eu un échange d’injures suivi de jets de pierres lorsque subitement, Barthélémy Dias a sorti deux armes à feu pour tirer en direction des nervis.En ce moment, les renforts sollicités par le commissaire Mbaye Sèye n’étaient pas encore arrivés.

Quelques minutes plus tard, le commissaire Sèye est informé que l’un des nervis atteint par balle a succombé à ses blessures à l’hôpital de Fann. À la morgue, les policiers découvrent «un individu de corpulence robuste et d’une taille de 1,78 mètres». Sur l’écriteau du tiroir où il était conservé était inscrit son nom : Ndiaga Diouf.

Les blessés indexent le Pds et se constituent partie civile contre Barth

Trois blessés parmi les nervis ont également été enregistrés lors de la fusillade devant la mairie de Mermoz-Sacré cœur, note le rapport de police. Ils ont été transportés à l’hôpital général de Grand-Yoff. Il s’agit de Bocar Sy, né en 1974 à Dakar domicilié à Diakhaye, Babacar Sy Doucouré, né en 1988 à Dakar domicilié à Thiaroye et Cheikh Diop, né en 1986 domicilié à Cambérène. Bocar Sy a reçu une balle sur la main gauche. Boubacar Sy Doucouré est atteint à la jambe droite et Cheikh Diop à l’aine.

Lors de leurs auditions, ils ont désigné sans ménagement le Pds. Bocar Sy, interrogé par la police, a déclaré avoir été recruté par Cheikh Makiyou Siby dit Cheikh Diop, domicilié à Guédiawaye. Babacar Sy Doucouré dit avoir été engagé par un certain Katta, identifié plus tard comme étant Seydina Oumar Mangane. Quant à Cheikh Diop, il dit avoir été contacté par “Sarr Américain”. Ils expliquent que depuis quelque temps, ils sont recrutés pour servir de gardes du corps lors des manifestations politiques organisés par le Parti démocratique sénégalais (Pds).

Ils ont tous déclaré que le 22 décembre 2011, ils se sont regroupés à la permanence du Pds vers 7 heures. Ils ont été embarqués à bord de quatre véhicules Pick-up avec pour instructions de se rendre au siège de la commune d’arrondissement de Mermoz-Sacré cœur. Ils voulaient, disent-ils, intimider Barthélémy Dias en vue des manifestations du 23 décembre (Congrès d’investiture du candidat Abdoulaye Wade et «congrès du peuple» organisé par le M23 le même jour : Ndlr).

Cheikh Makiyou Siby et Seydina Oumar Mangane, interrogés, ont d’abord été libérés avant d’être arrêtés à nouveau. Ils ont, par la suite, été incarcérés à Rebeuss en même temps que Barthélémy Dias et son garde du corps Abib Dieng.

Du sang retrouvé sur la scène du crime

Après le drame, la police scientifique s’est rendue sur les lieux. «Sur la façade du kiosque faisant face à la mairie et distante de celle-ci de 67,11 mètres, il a été découvert deux orifices d’entrée de balle. Le premier est situé à 1,39 mètre du sol et à 36 mètres du coin droit. À 90 centimètres plus bas de la gauche de cet orifice, a été découvert le deuxième, lequel est situé à 46 centimètres du sol et à 63 centimètres droit dudit kiosque», note le rapport de police qui a accompagné Barthélémy Dias et Cie au parquet. Aucune douille ou balle n’a été retrouvé à l’intérieur de ce kiosque et aux abords de la mairie.

Les éléments de la police scientifique ont également découvert sur la façade nord du fast-food qui se trouve en face de la mairie un orifice d’entrée d’une balle sur la fenêtre métallique de cet établissement. Un orifice situé à 1,40 centimètres du sol et à 19 centimètres du côté droit du fast-food.

Des traces de sang éparpillés sur une circonférence de 6,5 mètres et situés à 19,62 centimètres à l’ouest sur l’asphalte de la rue ont également été décelées. Un peu plus loin, sur le trottoir sablonneux séparant l’avenue Bourguiba de la ruelle où les premières traces de sang ont été découvertes, les policiers ont constaté des gouttelettes qui semblent être du sang humain. Un échantillon avait été prélevé pour un profilage éventuel d’Adn.

Autopsie : Le poumon et le cœur de Ndiaga Diouf perforés

Le 25 décembre 2011 à 13 h 40 minutes, une autopsie a été faite sur le corps de Ndiaga Diouf par le professeur Victorino Mendes, médecin légiste en service au pavillon Bichat de l’hôpital Aristide Le Dantec de Dakar.

Dans le certificat de genre de mort qu’il a délivré suite à l’autopsie ordonnée, le légiste note que feu Ndiaga Diouf a eu une «plaie traumatique circulaire pourvue d’une collerette noirâtre intéressant le 9 EIC de la face postérieure de l’hémithorax droit» provoquée par un projectile lésant le poumon et le cœur. La balle a été retrouvée à 3 centimètres de l’origine de l’aorte. Il en conclut que «Ndiaga Diouf est mort des suites de coups et blessures par arme à feu».

Du certificat de genre de mort délivré par le médecin légiste, il ressort aussi que Ndiaga Diouf «était en position courbée au moment des tirs».

Barthélémy Dias : «Je n’avais qu’une arme réelle et une autre factice»

Interrogé par la police le 24 décembre 2011, Barthélémy Dias avait déclaré que le jeudi 22 du même mois, vers 11 heures, il a été informé que des nervis du Parti démocratique sénégalais (Pds), dirigés par un garde du corps à la Présidence du nom de Sémou Diouf Niakhar, étaient positionnés devant sa mairie. Lorsqu’il est arrivé, chacune des deux parties cherchait à se faire peur en s’insultant mutuellement. Le commissaire Mbaye Sèye a tenté en vain de raisonner les nervis pour leur faire quitter les lieux. Le commissaire s’est dirigé ensuite vers lui pour lui parler. Mais avant qu’il n’arrive à sa hauteur, les nervis ont commencé à lui balancer des pierres. Il a sorti son arme pour tirer deux coups de feu de sommation en l’air.

Il ajoute qu’il a vu un des nervis pointer une arme sur sa direction et faire feu. Il a riposté. Il s’en est suivi, dit-il, un échange de coups de feu entre lui et cette personne qui était la seule à détenir une arme visible. Barthélémy Dias a dit aux enquêteurs que l’usage de son arme répondait à une obligation de survie. Il voulait se défendre contre des individus qui ont voulu attenter à sa vie et saccager sa mairie. Il a ajouté que dans le film de la Tfm, on le voit avec deux armes, mais celle qu’il tenait à la main gauche est un pistolet factice. Il a ainsi remis aux policiers une arme réelle de marque Taurus, 9 millimètres et un pistolet factice.

Dans la conclusion de leur enquête, les policiers soutiennent que le pistolet à barillet avec lequel il (Barthélémy Dias) s’est servi à plusieurs reprises n’a pas été retrouvé ou présenté par le mis en cause. Ce qui constitue, selon les policiers, une volonté manifeste de travestir la vérité.

Le garde du corps Abib Dieng dément :«Barth avait trois armes…»

Entendu sur le nombre d’armes réelles détenues par Barthélémy Dias, le garde du corps, Abib Dieng, a déclaré que le maire de Mermoz-Sacré Cœur détenait trois armes dont deux réelles et une factice. Il a précisé que l’arme factice est de couleur grise et dispose d’un long canon et d’un trou de recharge sous la grosse, puisque c’est un briquet. Il dit que Barthélémy a tiré avec son arme connue de marque Taurus et une autre à barillet.

Abib Dieng a déclaré qu’après avoir utilisé le pistolet à barillet, Barthélémy le lui a remis pour qu’il le charge à nouveau. Il l’a rechargé et le lui a remis. Ce dernier lui a ensuite restitué l’arme factice. Le garde du corps précise que l’échange d’armes qui s’est opéré entre Barthélémy Dias et lui n’a pas été filmé par la caméra de la Tfm.

Boubacar Faye, celui qui sur les images de la Tfm poussait et haranguait Barthélémy Dias pour l’obliger à tirer, a également déclaré que Barthélémy Dias est le seul à avoir tiré avec ses deux armes. Il ajoute qu’il n’a pu tirer avec l’arme, car lorsque Barthélémy le lui a remis, le pistolet était déchargé.

Des déclarations qui avaient poussé les enquêteurs à organiser une confrontation entre Barthélémy Dias, son garde du corps Abib Dieng et son souteneur Boubacar Faye. Tous les trois ont campé sur leurs positions.

Dans le cadre de la recherche de l’autre arme de Barthélémy Dias qui a servi lors des évènements du 22 décembre 2011, la police a voulu effectuer une perquisition dans les locaux de la commune d’arrondissement de Mermoz-Sacré Cœur. Ce qui n’a pu se faire. Les élus s’y étant opposés.

Les éléments de la Sûreté urbaine se sont, en revanche, rendus à Hann village au domicile d’Abib Dieng pour effectuer une perquisition. Fouille qui n’a rien donné. Aucun document ou objet pouvant aider les limiers dans leur enquête n’a été trouvé sur les lieux.

Les gardes du corps «Bro» et Sémou Niakhar Diouf arrêtés puis relachés

Dans la conclusion de son procès-verbal, la Sûreté urbaine écrivait que jusqu’au déferrement de Barthélémy Dias et Cie, elle n’a pu mettre la main sur Baye Moussé Bâ alias «Bro», alors membre influent de la garde rapprochée du président de la République, Me Abdoulaye Wade, Sadibou dit «Sa», Ameth Guèye et «Sarr Américain», cités parmi les recruteurs des nervis envoyés à la mairie de Mermoz-Sacré coeur.

Le 6 janvier 2011, suite à un mandat d’arrêt lancé par Doyen des juges de l’époque, Mahawa Sémou Diouf, la Section de recherches de la gendarmerie, logée à la Caserne Samba Diéry Diallo de Colobane, arrête Baye Moussé Bâ dit Bro, Sémou Niakhar Diouf, ancien garde du corps de Farba Senghor, ainsi que deux nervis, Cheikh Diop et Bocar Sy (qui étaient blessés), et les dépose le même jour à la Maison d’arrêt de Rebeuss.

Présentés, le même jour, au Doyen des juges par l’administration pénitentiaire, Bro et Sémou Niakhar Diouf ont été inculpés et placés sous contrôle judiciaire, tandis que Cheikh Diop et Bocar Sy ont été placés sous mandat de dépôt à Rebeuss.

Plus tard, Barthélémy Dias, ses gardes du corps ainsi que les nervis bénéficieront d’une liberté provisoire. Le maire de Mermoz-Sacré coeur verra l’infraction de meurtre qui lui était reprochée disqualifiée en “coups mortels” (coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner) tout en devenant député, entre temps. Raison pour laquelle, son jugement était assujetti à la levée de son immunité parlementaire…

 

Auteur: Seneweb News- Posted by Mouhamed DIOP

Partagez avec vos amis!!! Share on Facebook0Share on Google+0Tweet about this on TwitterShare on LinkedIn0

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *